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Distillerie de Montebello : après l'explosion, la gestion de crise

Après l’explosion survenue, vendredi 24 juillet, à la distillerie Montebello à Petit-Bourg, le traumatisme ne concerne pas seulement les salariés qui se trouvaient à proximité du générateur de vapeur. Il peut aussi atteindre leurs collègues, leurs proches et tout un collectif désormais confronté à l’absence de Thomas Selbonne et de Rudjy Bounda.

Mais, pour Errol Nuissier, la prise en charge psychologique ne peut être dissociée de la prévention des risques en amont : « Le travail de prévention et de formation reste extrêmement insuffisant en France de manière générale et plus encore en Guadeloupe. »

Combattre les risques à la source

D’emblée, Errol Nuissier rappelle que « les accidents du travail constituent généralement le premier poste de dépenses pour la Sécurité sociale ».

Alors avant même d’évoquer une prise en charge psychologique, le psychologue et intervenant en prévention des risques professionnels (IPRP) pose plusieurs questions : le matériel était-il correctement entretenu ? Les salariés avaient-ils reçu les formations nécessaires ? Disposaient-ils des équipements et d’instructions adaptés ?

Sans préjuger des conclusions de l’enquête, il souligne que l’ancienneté de la chaudière — mise en service vers 1935, selon ses propriétaires — ne suffit pas, à elle seule, à conclure à sa dangerosité. « Ce n’est pas l’âge qui compte, c’est l’entretien », insiste-t-il, soulignant également l’importance de la traçabilité des vérifications et des incidents.

« Dans toutes les entreprises, le document unique d’évaluation des risques professionnels, le DUERP, doit consigner chaque événement, même mineur, et être actualisé régulièrement, notamment après tout incident. »

La peur peut précéder l’accident

Errol Nuissier s’appuie sur la législation : « Les articles L. 4121-1 à L. 4121-5 du Code du travail obligent l’employeur à prévenir tout risque pour ses salariés, à mettre les conditions de travail aux normes, à les protéger et à les faire participer à leur propre protection par la formation. »

Mais entre l’existence d’un droit et la possibilité de l’exercer, un écart peut subsister. Le besoin de conserver son emploi, les charges familiales et la crainte d’être remplacé peuvent conduire un salarié à accepter une situation qui l’inquiète. « Il est pris entre la nécessité de nourrir sa famille et le fait de travailler dans des conditions qui ne le sécurisent pas », résume Errol Nuissier.


"La culpabilité de l'absence"

Les salariés qui n’ont pas assisté à l’explosion peuvent eux aussi être profondément atteints. Errol Nuissier les qualifie de « victimes par ricochet ». Aux liens noués avec leurs collègues s’ajoute parfois le sentiment d’avoir échappé au drame par hasard. Le psychologue préfère toutefois parler de « culpabilité de l’absence » : ne pas avoir été là pour aider, imaginer que sa présence aurait pu changer le cours des événements ou regretter de ne pas avoir signalé plus tôt une inquiétude. Ces pensées ne traduisent pas nécessairement une responsabilité réelle, mais une tentative de reprendre prise sur un événement brutal, qui rompt définitivement l’ordinaire.


Transparence, le maître mot

Errol Nuissier préconise des groupes de parole restreints, 15 à 20 personnes, dans lesquels chacun peut s’exprimer ou simplement écouter, puis de nouvelles rencontres une semaine et un mois plus tard. Les personnes qui en ressentent le besoin doivent également pouvoir bénéficier d’un suivi individuel. Et parmi elles, figurent sans doute les familles des salariés décédés ou blessés. La visite de l’employeur, sa présence et l’expression directe de sa considération constituent, à ses yeux, une étape indispensable.

L’accompagnement psychologique ne peut tenir lieu de réponse à la place du dialogue humain. Le psychologue souligne la mise en place de la cellule d’écoute gérée par son confrère, Patrick Racon (lire l’article intitulé : Après l’explosion de Montebello, « l’expression par les mots est difficile », dans notre édition du 30 juillet 2026). Surtout, une cellule d’écoute ponctuelle ne referme pas le dossier. « L’effort pour améliorer la qualité, augmenter la production et développer les ventes doit s’accompagner d’un effort équivalent en matière de formation, d’information et de transparence. On ne peut pas développer une entreprise sans former les salariés ni les informer de son fonctionnement. Cette responsabilité incombe à l’employeur, qui doit assurer cette information », souligne Errol Nuissier. Et c’est bien ce mot : « transparence » qui revient tout au long de son intervention.


Sécuriser avant de reprendre

Le retour au travail ne peut se réduire au redémarrage des machines. Il suppose que les salariés sachent ce qui a été identifié, quelles mesures correctives ont été prises et comment un nouvel accident doit être évité. « Il faut d’abord informer les salariés de ce qui s’est passé et des mesures prises pour les sécuriser. Avant la reprise, la cellule de crise doit ensuite les réunir, avec ou sans la cellule psychologique, afin de faire le point sur leur vécu, d’entendre leurs craintes et leurs appréhensions et de s’assurer que chacun est prêt à retourner au travail. Un premier échange doit avoir lieu après l’accident, puis un autre un mois plus tard », détaille Errol Nuissier.

Avant la reprise, une nouvelle rencontre devrait permettre d’entendre les craintes et les appréhensions à l’idée de retrouver un lieu de travail, une distillerie devenue le lieu de la mort de deux collègues.

Distillerie de Montebello : après l'explosion, la gestion de crise · Errol Nuissier